Comprendre les mouvements d’eau en canyoning

Le canyoning est une activité immersive par excellence. Elle engage le corps, l’esprit, et place le pratiquant au cœur d’un élément en perpétuel mouvement : l’eau. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la hauteur des cascades ou la technicité des manœuvres qui présente le plus de danger, mais bien l’interaction entre l’eau et la topographie du canyon. Sous ses allures ludiques, l’eau est une force intense, brute, d’une puissance difficilement imaginable. C’est avec beaucoup d’humilité que nous devons aborder cet élément capable de nous jouer de biens mauvais tours.

Contre-courants, rappels d’eau, drossages, siphons, marmites sont autant de pièges naturels qui peuvent rapidement transformer une descente agréable en situation critique. Il est donc essentiel de comprendre comment ces mouvements d’eau se forment, pourquoi ils sont dangereux, et quelles techniques permettent de progresser avec prudence et efficacité. Mais attention, N’appliquez pas ces conseils aveuglément, chaque situation nécessite une véritable analyse et l’utilisation d’une ou de plusieurs techniques adaptés.

Dans un canyon, les courants sont générés par la pente du relief, la morphologie du lit, et le débit. La vitesse du courant varie donc constamment selon les sections. Deux phénomènes importants méritent une attention particulière : les contre-courants et les zones de cisaillement.

  • Le courant (jaune) est tout simplement la veine d’eau principale
  • Le contre-courant (vert) apparaît souvent en bordure de la veine principale, notamment à l’aval des obstacles (rochers, ressauts). Ils peuvent sembler anodins mais engendrent force latérale ou inversée qui peut être puissante et qu’il faut savoir repérer et anticiper.
  • Les zones de cisaillement (rouge) sont créées lorsque deux flux d’eau de vitesse ou de direction différentes se rencontrent (un courant et un contre-courant). Cela génère une zone d’instabilité.

Pour le premier, le groupe et le dernier :

  • Analyser et anticiper les trajectoires de l’eau
  • Utiliser le courant, la veine d’eau principale, pour sortir de la vasque.
  • Si vous êtes pris dans le contre-courant :
    • Ne luttez pas, laissez-vous porter par le contre-courant
    • Prenez la douche en repassant sous la cascade
    • Nagez activement pour rester dans le courant
  • Si besoin mettre en place :
    • une sécurité eau vive
    • un guidé
    • un débrayé-tiré
    • une ancre flottante

Le drossage survient lorsqu’un courant puissant vient frapper une paroi rocheuse, souvent en virage ou dans un goulet. L’eau pousse le pratiquant contre la roche et peut l’y plaquer, avec risque de noyade ou de blessures par choc.

La puissance de ce phénomène dépend de l’angle d’incidence du courant, de la configuration du rocher, et du débit. Le danger augmente lorsqu’il n’y a pas de contre-courant de sortie.

Le drossage cache un second piège : sous la surface de l’eau, la paroi est souvent creusée. Cela signifie que le canyonneur, s’il n’adopte pas la bonne posture, peut se faire aspirer vers le fond et rester plaquer contre la roche. On appelle cela un drossage siphonnant.

Pour le premier :

  • Analyser et anticiper les trajectoires de l’eau
  • Si éviter le drossage est possible alors nager activement pour éviter le drossage.
  • Si éviter le drossage n’est pas possible alors se mettre immédiatement en position de floatting, utiliser ses jambes pour pousser la paroi et se déplacer vers une zone sécurisée.
  • Mettre en place d’une ancre flottante

Pour le groupe :

  • Mettre en place d’un guidé
  • Mettre en place d’un débrayé-tiré

Pour le dernier :

  • Mettre en place d’un débrayable du bas à compléter par un débrayé-tiré.

Le rappel d’eau ou hydraulique de pied de chute est un mouvement circulaire de l’eau à la base d’une chute ou d’un seuil (Machine à laver). L’eau y forme un rouleau qui ramène les objets vers le centre du courant. Cette boucle peut piéger et maintenir sous l’eau de manière prolongée.

Ce phénomène est d’autant plus dangereux qu’il est peu visible depuis l’amont, seul un « champignon d’écume » difficile à percevoir nous indique la présence d’un rappel, de plus l’émulsion créée par le mélange d’air et d’eau réduit la flottabilité.

Le repérage de ce type de mouvement nécessite une analyse minutieuse et poussée.

Image FFCAM
Photo FFCAM

Pour le premier :

  • Analyser et anticiper les trajectoires de l’eau
  • Ne pas descendre en rappel dans l’axe d’un rappel d’eau actif sans reconnaissance.
    • Mise en place d’une déviation
  • Utiliser des relais décalés pour éviter le cœur du jet.
  • En cas de chute dans un rappel d’eau :
    • Se laisser couler volontairement pour sortir par le fond de la veine (moins puissant).
    • Nager latéralement vers les bords (où l’énergie est moindre).
  • Mettre en place d’une ancre flottante

Pour le groupe :

  • Utilisation de la déviation
  • Mettre en place d’un guidé
  • Mettre en place d’un débrayé-tiré

Pour le dernier :

  • Utilisation de la déviation
  • Mettre en place d’un débrayable du bas à compléter par un débrayé-tiré.

Un siphon est un passage où l’eau s’engouffre sous un bloc, une paroi, ou dans une cavité. Un siphon peut être un passage très ludique ou un piège mortel. Il peut être partiellement ou totalement immergé. Même de faible taille, il représente un risque majeur si le corps s’y bloque ou si le courant vous y aspire.

Il existe également un risque que le siphon soit obstrué par des embâcles, c’est pourquoi un siphon s‘explore toujours par l’aval de l’obstacle.

Pour déceler un siphon, il faut se méfier de tout obstacle qui affleure la surface de l’eau et ne jamais supposer que l’obstacle n’est pas « troué ». Si l’on observe un obstacle et que l’eau ne semble pas s’écouler autour ou par dessus, alors c’est que le torrent passe dessous !

Petit siphon amorcé – Chaille
Siphon non amorcé – Chaille
Syphon amorcé – Chaille
Image FFCAM

Une marmite est une cuvette formée par l’érosion où l’eau peut tourner sur elle-même avant de s’évacuer. Souvent piégeuse, surtout en cas de faible écoulement en sortie.

On peut repéré une marmite en l’observant depuis l’amont. Une puissante veine d’eau longeant une paroi, un fort contre-courant de l’autre côté sont de bons indices.

Attention, des drossages ou même des siphons peuvent se cacher dans les marmites.

Image FFS

Pour le premier :

  • Analyser et anticiper les trajectoires de l’eau
  • Repérer visuellement les formes de relief piégeuses.
  • Ne pas s’engager dans un siphon sans évaluation claire de la sortie.
  • Installer une deviation
  • Mettre en place une ancre flottante

Pour le groupe :

  • Utiliser de la déviation
  • Mettre en place d’un guidé
  • Mettre en place d’un débrayé-tiré

Pour le dernier :

  • Utiliser de la déviation
  • Mettre en place d’un débrayable du bas à compléter par un débrayé-tiré.

Maintenant vous en savez un peu plus sur les mouvements d’eau ! soyez vigilant ! N’appliquez pas ces conseils aveuglément, chaque situation nécessite une véritable analyse et l’utilisation d’une ou de plusieurs techniques adaptés.

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