I. Comprendre l’équipement en canyon
L’équipement d’un canyon regroupe l’ensemble des dispositifs fixes ou temporaires installés pour permettre la progression en sécurité : relais, ancrages intermédiaires.
Son rôle n’est pas seulement de garantir la sécurité du pratiquant : il vise aussi à fluidifier la progression, à minimiser les risques de coincement de corde et à préserver l’intégrité du milieu naturel.
Le canyoning se pratique dans un environnement particulièrement contraignant. L’eau, le froid, les crues, les chutes de pierres ou encore l’érosion accélèrent le vieillissement du matériel. Un bon équipement doit donc être résistant, lisible, durable et respectueux du site.
L’éthique de l’équipeur repose sur la sobriété : poser uniquement ce qui est nécessaire, à l’endroit juste, et avec des matériaux adaptés.
II. Amarrage et ancrage : deux notions distinctes
L’ancrage désigne l’élément fixé dans le rocher : c’est le point d’attache qui transmet les efforts au support.
L’amarrage, quant à lui, est l’ensemble du système sur lequel la corde ou le pratiquant se connecte : plaquette, broche, anneau, sangle, maillon, etc.
L’un ne va pas sans l’autre : un amarrage solide mais mal orienté ou mal relié peut devenir dangereux, idem pour un amarrage bien conçu sur une roche fragile.
Concevoir un point fiable, c’est donc combiner une fixation résistante, une interface ergonomique et une orientation adaptée à la trajectoire de la corde et du pratiquant.
III. Les amarrages naturels : exploiter la roche et la végétation
Les amarrages naturels sont ceux que l’on trouve sur place : arbres, blocs, lunules, becquets…
Ils constituent une solution écologique et souvent élégante, car ils ne modifient pas le milieu. Cependant, leur usage requiert une analyse rigoureuse du terrain et de la solidité du support.
Avant d’utiliser un point naturel, il faut :
- Contrôler sa stabilité : un bloc doit être ancré dans la masse rocheuse, un arbre solidement enraciné, sans signe de pourriture ou d’arrachement.
- Évaluer sa résistance mécanique : un tronc sain de bon diamètre, une lunule épaisse et non fissurée, un becquet bien ancré.
- Observer la direction de traction : l’effort ne doit pas déchausser la prise ni provoquer de levier défavorable.
- Prévenir l’usure : protéger les sangles ou cordelettes avec des gaines ou des protections textiles, éviter les frottements directs.
L’utilisation de ces points demande un vrai savoir-faire. Ils ne sont pas normés, peuvent évoluer avec le temps, et doivent donc être systématiquement vérifiés à chaque passage.
L’équipeur peut privilégier les amarrages naturels lorsqu’ils sont fiables, car ils permettent de préserver la roche et de réduire l’impact visuel du matériel. C’est notamment les cas dans les canyons dit « terrain d’aventure » où l’équipement est minimaliste voir inexistant.
IV. Les ancrages artificiels : maîtriser la pose et les matériaux
Lorsque le milieu ne permet pas de trouver de points naturels fiables ou que le canyon est très fréquenté, on installe des ancrages artificiels, fixés mécaniquement ou chimiquement dans la roche. La qualité de la pose conditionne directement la sécurité du canyonneur.
1. Choix des matériaux
Le milieu humide du canyon impose l’usage de matériaux inoxydables :
- Les aciers inox marins (A4, 316L) sont aujourd’hui la référence.
- Les aciers zingués sont à proscrire : ils se corrodent rapidement et risquent la rupture en quelques années.
- Les métaux doivent être compatibles entre eux pour éviter la corrosion galvanique : on ne mélange pas acier, aluminium et inox dans un même assemblage.
2. Forme et ergonomie des amarrages
Les plaquettes, broches, maillons doivent permettre :
- Un passage fluide de la corde, sans angle vif ni frottement contre la roche.
- Une orientation dans le sens de la traction, évitant les contraintes latérales.
- Une maintenance aisée : les maillons ou anneaux doivent être remplaçables sans démontage de l’ancrage.
3. Pose des scellements et points mécaniques
Les broches scellées et les ancrages à expansion constituent la majorité des ancrages que nous retrouverons en canyon.
Leur fiabilité dépend du soin apporté à la pose :
- Choisir une zone de roche saine, sans fissure ni faille.
- Percer à la profondeur et au diamètre adaptés à la broche.
- Nettoyer soigneusement le trou (soufflette, brossage).
- Pour les broches : Injecter la résine ou le mortier de scellement de manière continue et homogène
- Insérer la broche en rotation pour chasser les bulles d’air / Insérer le cône d’expansion puis la cheville auto-foreuse
- Respecter le temps de polymérisation complet avant utilisation / Visser la plaquette
On retrouve également les ancrages à expansion dans les trousses de réchappe. En effet, ils restent utiles pour les poses rapides ou temporaires, mais ils doivent être utilisés avec prudence : leur durabilité est moindre et leur résistance dépend fortement de la qualité du rocher.
4. Les relais normés versus non normé
On distinguera les relais normés des relais non normés.

- Les premiers sont des amarrages entièrement fabriqués et reliés en usine. Chaque élément répond à des normes précises de résistance. Ils sont testés et garantissent une sécurité optimale (à condition d’être bien posé). Ils sont reconnaissables notamment car les maillons de la chaines sont non-seulement soudés entre-eux mais ils sont également soudés aux broches
- Les seconds sont … Tous les autres types de relais, naturel ou artificiel), dont on ne peut pas explicitement prouver la résistance.
Bien évidement que le relai soit normé ou non, il nécessite une vérification minutieuse avant de l’utiliser.
V. La redondance : la règle d’or de la sécurité
En canyoning, la sécurité ne repose jamais sur un seul point. Tout système d’amarrage doit comporter au moins deux ancrages indépendants, reliés de manière à ce que la rupture de l’un n’entraîne pas la défaillance du relais.
Cette redondance repose sur plusieurs principes :
- Indépendance : les deux points doivent être ancrés dans des zones distinctes du rocher avec un écart d’au moins 20cm
- Équivalence : chaque ancrage doit offrir une résistance comparable. Le point secondaire n’est pas un secours de fortune, mais un doublon de sécurité.
- Répartition des efforts : une liaison équilibrée (cordelette, sangle ou chaîne) permet un partage homogène des charges entre les deux ancrages.
- Lisibilité et simplicité : le montage doit être clair et immédiatement compréhensible, même en conditions difficiles (eau, froid, stress).
- Redondance élargie : un relais principal est, dans l’idéal doublé par un autre relai ou à minima un point complémentaire (c’est loin d’être toujours le cas) placé à proximité, permettant une alternative en cas de problème.
La redondance n’est pas un luxe : c’est une exigence technique. Elle garantit la continuité de la sécurité même en cas de vieillissement, de choc ou de corrosion d’un des points.
VI. L’équipement des canyons sportifs : cohérence et durabilité
L’équipement d’un canyon sportif répond à une logique précise : assurer la sécurité de tous tout en respectant le site.
Chaque relais doit être clair, solide et durable. Les points doivent :
- Être placés hors du flux principal d’eau pour limiter l’usure.
- Offrir une trajectoire de corde fluide, sans frottement excessif.
- Être positionnés de manière logique, lisible et cohérente avec la progression.
- Être doublés pour permettre la redondance ou des variantes d’itinéraire (rive gauche / rive droite).
L’équipeur doit également anticiper la maintenance : permettre le remplacement des éléments d’usure sans devoir repercer ou détériorer le support rocheux.
VII. Les canyons terrain d’aventure
Dans les canyons peu ou pas équipés, la logique est différente. Le pratiquant doit être capable d’évaluer les points naturels, de poser ses propres ancrages amovibles et de gérer la progression sans repères fixes.
Cette pratique demande une solide expérience : savoir juger de la qualité du rocher, de la tenue d’un arbre… La vigilance et la redondance restent les piliers de la sécurité.
L’équipement devient alors une décision ponctuelle, adaptée au contexte, plutôt qu’une installation permanente.
VIII. La trousse de réchappe et de rééquipement
Même le meilleur équipement finit par s’altérer. Une trousse de réchappe est conseillée en fonction du canyon dans lequel vous vous aventurez. C’est à vous de l’adapter à votre course. Souvent, elle restera dans le sac et parfois (on espère jamais), elle vous sauvera d’un mauvais pas.
Son rôle : permettre une intervention rapide en cas d’ancrage défaillant, la pose d’un relais provisoire ou le renforcement d’un point existant.
Elle contient généralement :
- Un marteau
- Des chevilles auto-foreuse et plaquettes inox
- Des maillons rapides
- Un clé adaptée à l’écrou
- De la corde à couper
- Des pitons
Cette trousse transforme une situation d’urgence en situation maîtrisée. A condition de savoir s’en servir correctement. Formez-vous !
Conclusion
Chaque ancrage engage la responsabilité de celui qui le pose et la confiance de ceux qui l’utiliseront. Attention tout de même : l’adage est clair : La confiance n’exclut pas le contrôle ! On vérifie toujours l’amarrage avant de mettre sa vie dessus.
Qu’il soit naturel ou artificiel, temporaire ou pérenne, un amarrage doit être pensé dans une logique de redondance, de durabilité et de respect du site.
C’est cette exigence, à la fois technique et éthique, qui garantit la pérennité de la pratique du canyonisme et la sécurité de ceux qui s’y engagent.

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